L’histoire des Spiritueux Iberville, premières liqueurs amères québécoises

Les Spiritueux Iberville, en préparation depuis 1953

 

Le slogan de l’entreprise fondée par Mario D’Amico en 2017 raconte toute son histoire et celle de sa famille. Voici comment il a créé les Spiritueux Iberville, ainsi que les premières liqueurs amères québécoises.

Cette histoire débute en Italie, après la Deuxième Guerre mondiale, avec le grand-père de Mario, originaire d’un petit village rural de la région du Molise, dans la province de Campobasso.

Mario D’Amico senior souhaite, comme plusieurs habitants de cette région du sud de l’Italie, immigrer au Canada dans l’espoir d’un avenir meilleur pour lui et sa famille. Sa sœur et son mari ont déjà fait le voyage et Mario débarque en 1953 à Montréal avec un maigre 7$ en poche, posant sans le savoir la première pierre des Spiritueux Iberville.

« Mon grand-père raconte que c’était le mois de mai et qu’il y avait encore de la neige au sol quand il est arrivé. Il portait des sandales et un pantalon court, raconte Mario D’Amico junior. Il s’était alors dit : «Qu’est-ce que je fais ici ?»

En 1956, après trois ans à travailler en construction, le patriarche réussit à amasser assez d’argent pour faire venir d’Italie sa femme et son fils, qui n’avait que 4 mois lors de son départ. En 1967, il achète une maison sur la rue d’Iberville, dans le quartier Villeray, ne sachant pas que le destin des Spiritueux Iberville y serait intimement lié.

«La fondation était entamée, mais la maison n’était pas tout à fait terminée, donc c’est mon grand-père qui a fait la finition de ses mains et à la toute la fin des travaux, il a indiqué ses initiales MD sur une des briques. Quand je prends mon apéro sur la galerie l’été, je les regarde avec fierté », confie Mario.

Aujourd’hui, Mario habite la maison familiale, au rez-de-chaussée, et son père habite l’appartement à l’étage. Il a passé son enfance dans l’appartement du haut alors que ses grands-parents habitaient celui du bas. C’est même dans le sous-sol de cette maison que se sont déroulés les premiers tests des produits des Spiritueux Iberville. 

 

La fascination pour les spiritueux

 

Mais avant ses premières concoctions dans des pots Mason, Mario a vécu plusieurs expériences personnelles et professionnelles qui ont participé à nourrir son amour pour les spiritueux, dont les liqueurs amères.

 

À 19 ans, Mario travaillait dans les bars comme barman, portier et gérant. Le jeune homme a ensuite fait un détour de deux ans dans le monde de la musique. Même si son premier album autofinancé se glisse dans la liste des 15 meilleurs albums francophones du journal Voir en 2006, Mario décide de ne pas en faire un deuxième ; il faut payer le loyer. Il retourne alors à son ancienne école secondaire pour entraîner l’équipe de football.

 

    

Pendant ces années en musique, dans les bars ou comme entraineur, Mario développe sa passion pour les spiritueux. Il en possède une grande collection à la maison et ses connaissances sur le sujet croient d’année en année. Mario lance même un blogue sur les cocktails, Les Histoires du Coq, où il raconte toutes sortes d’histoires personnelles qu’il associe à un cocktail.

«J’ai toujours été fasciné par les spiritueux, se souvient-il. Je me rappelle, quand j’étais petit cul, mon oncle avait une salle de réception et quand j’allais l’aider pour faire le bar, j’étais captivé par le nombre de bouteilles d’alcools. Même si ne les buvais pas, j’étais capable de te dire les ingrédients de n’importe quel cocktail, car je les étudiais. C’est ma grand-mère qui m’a initié au rituel de l’aperitivo et des amers italiens. J’ai passé un été seul avec elle en Italie et elle m’a fait découvrir les amers italiens. »

Après cinq ans passés sur les terrains de football, Mario retourne à ses premières amours en 2013 en participant à l’ouverture d’un nouveau bar à cocktails sur la rue Fleury, dans le quartier Ahunstic, Les Incorruptibles. Quelques mois plus tard, il devient ambassadeur de marque chez Absolut, puis chez Havana Club. Il se fait rapidement approcher par une distillerie québécoise pour devenir l’ambassadeur de la nouvelle vodka Quartz, puis de tout le portfolio des Spiritueux Ungava.

«Pendant que je travaillais chez Ungava, ma blonde et moi avons développé une expertise dans les amaros [liqueurs amères]. On s’est dit qu’on allait tenter de faire le meilleur amaro d’ici, raconte Mario à propos des premiers balbutiements des Spiritueux Iberville. On a donc fait macérer des plantes dans de l’alcool et on a fait toutes sortes de tests qui se sont avérés délicieux, alors on en a offert des bouteilles à nos amis et à notre famille à Noël 2016.»

 

Le début de l’aventure

 

L’idée de créer sa propre entreprise de spiritueux commence à germer dans la tête de Mario. Une rencontre avec les jeunes propriétaires de l’entreprise de charcuterie Pork Shop sera déterminante. Ils souhaitent investir dans la commercialisation des premières liqueurs amères québécoises d’inspiration italienne.

« Ce sont eux qui m’ont convaincu de le faire, affirme Mario. Mais à l’époque, on n’avait pas encore de plan d’affaires. Un soir, juste pour voir, j’ai commencé à mettre des chiffres dans un tableau Excel. J’ai réalisé que ça pouvait marcher financièrement. Donc, à la place de prendre la semaine de vacances que j’avais de prévu à la fin du mois de mai avec ma blonde, on a terminé d’écrire ensemble le plan d’affaires. On a réussi à rassembler d’autres investisseurs et on a fondé les Spiritueux Iberville.»

C’était tout un risque que Mario prenait, mais il souhaitait le faire pour honorer son grand-père, mais surtout célébrer le mariage de ses deux cultures : québécoises et italiennes.

Une fois l’entreprise lancée, deux semaines plus tard, ils soumettent leurs deux premiers produits à la Société des alcools du Québec (SAQ). «Quatre jours plus tard, les deux produits étaient acceptés à la SAQ. C’était le 6 juillet 2017. On doit détenir le record des produits acceptés le plus rapidement à la SAQ. Ils nous ont alors donné 14 jours pour leur donner les échantillons finaux, ce que nous n’avions pas. Donc, pendant deux semaines, on était à la distillerie 24 heures par jour, 7 jours sur 7 pour terminer nos produits!»

 

L’appel de l’amertume

 

Le 20 novembre 2017, les deux premières liqueurs amères d’inspiration italienne, mais bien québécois, l’Amermelade et l’Amernoir font leur entrée sur les tablettes de la SAQ.

«C’était important pour moi de garder cette dualité entre l’Italie et le Québec ; elle fait partie de ma personnalité. Je voulais partager l’influence italienne, mais le faire le plus possible avec des ingrédients locaux. Un beau défi ! Ainsi, l’argousier, le vinaigrier et le myrique baumier ont fait leur entrée dans la fabrication de l’Amermalade, et le poivre des dunes dans celle de l’Amernoir. »

Les Québécois n’ont donc plus à se tourner vers des produits comme Apérol et Campari pour se faire des Spritz, ils peuvent le faire avec un produit d’ici. Ils peuvent également vivre le digestif à l’italienne avec un amaro bien Québécois, l’Amernoir.

« Avant il n’y avait pas vraiment de choix de spiritueux amers à la SAQ. Il y avait Campari ou Apérol, mais avant le retour des cocktails classiques au début des années 2 000, c’était considéré comme «old School» et personne ne buvait ça. Les vermouth et les bitter sont aujourd’hui appréciés. On doit maintenant donner aux Québécois les meilleurs produits d’ici. »

Préparez-vous : Mario D’Amico ne reculera devant rien pour faire découvrir le mode de vie et le rituel autour de l’apéro et du digestif amer italien. En fait, il ne fait de que commencer !